L’identité chez Quine
Auteur(e) : Saloua Chatti
Dans cette communication, je traite de la conception quinéenne de l’identité et des liens entre elle et certaines des principales thèses de Quine. Je montre que l’identité telle qu’elle est définie par Quine c’est-à-dire en tant que substituabilité salva veritate des termes conduit à l’extensionalisme qui se manifeste par le rejet des intensions et n’est que la généralisation du principe leibnizien, que le lien établi entre la substitution et la quantification est la raison pour laquelle Quine rejette la logique modale quantifiée, que l’identité n’étant pas primitive est moins fondamentale que la ressemblance et doit être construite progressivement par l’apprentissage et le conditionnement, ce qui la rend moins obvie et donc plus sujette à l’indétermination que les autres constantes logiques. Ces thèses de Quine reposent sur les liens étroits entre l’identité, la référence, la quantification et l’existence mais on peut les contester en mettant en question ces liens, notamment entre la substituabilité et la référence.
Abstract long, ou article en entier : lien vers le document en pdf
Commentaires
2. Commentaire de mlikahamdi - le 2 septembre 2009 à 06:19
Bonjour,
J’ai soutenu en 1993 un mémoire de D.E.A à paris 1 sous la direction de M.Jacques Bouveresse ayant pour sujet: Le prédicat d’identité logique chez Quine, sa place dans l’ontologie et son rôle dans la logique de la quantification…Je suis en train de ré-écrire ce texte pour le publier…Est-il possible d’obtenir une version électronique du texte de Mme Chatti en entier ? merci ….
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1. Commentaire de Fabien Schang - le 1 juillet 2009 à 11:32
Merci pour cet exposé à venir, Saloua.
Mon commentaire global concerne la solidité du discours de Quine face aux modalités en général.
Le principe d’identité est-il un véritable obstacle à la logique modale?
1. A la rigueur, lorsqu’il s’agit des modalités aléthiques.
Si les modalités aléthiques (nécessité, possibilité) n’ont pas droit de cité dans la notation canonique de Quine, soumise au critère de vérification des théories scientifiques, rien n’empêche un métaphysicien de converser sur l’haccéité d’un terme d’espèce.
2. Non, lorsqu’il s’agit des modalités épistémiques (croyance, connaissance).
Hintikka a expliqué à plusieurs endroits que les modalités épistémiques donnent le meilleur exemple d’une « quantification croisée» (un engagement ontologique à travers plusieurs mondes possibles distincts) dans la pratique scientifique elle-même: toute théorie est un modèle, et toute théorie représente un ensemble de mondes possibles dont la compatibilité est mise à l’épreuve par le scientifique.
On ne s’engage pas ontologiquement sur des entités fictives, dans la pratique scientifique: on décrète l’existence de ces objets, pour des raisons d’ordre méthodologique; puis l’on établit des relations entre ces objets au sein du modèle théorique.
En d’autres termes: c’est la pratique scientifique elle-même qui met à mal l’objection naturaliste de Quine contre la sémantique des mondes possibles et l’usage des modalités.
3. En conclusion, l’identité des entités est soit légitimement discutable en métaphysique (et en ontologie formelle), soit garantie par la communauté scientifique. Si tel est cas, alors la raison pour laquelle Quine a toujours refusé l’introduction des modalités dans sa logique tient plus à des raisons d’ordre méthodologique une fois encore: simplicité du vocabulaire, commodité des règles d’inférence, élégance des formules. Même chose pour les logiques « déviantes» en général, auxquelles Quine reproche simplement la complexité et le caractère non « obvie» . Ma
Le meilleur témoignage de cette attitude plutôt subjective tient dans la citation suivante de l’adversaire de Kripke, prononcée dans son article « Intensions revisited» de 1977: face à la logique modale, l’auteur se dit
« dans la position d’un chef juif préparant un jambon pour une clientèle respectable. L’analyticité, l’essence et la modalité ne font pas partie de ma nourriture” (p. 116).»
Jolie formule, mais qui jure avec le sérieux scientifique dont on crédite en général ses arguments anti-modaux.
Non?
Bien à vous tous,
Fabien Schang